LA BRODERIE LUNEVILLE

C’est au XVIIème siècle que de nombreux artisans-brodeurs s’installent à Lunéville, une des résidences des ducs de Lorraine, et adoptent le nom de cette ville pour désigner leur broderie au point de chaînette exécutée à l’aiguille. Au XVIIIème  siècle, la cour ducale, très friande de cette broderie exécutée sur tulle ou sur soie contribue à son essor et la broderie de Lunéville conquiert ainsi ses lettres de noblesses. C’est en 1850 que l’idée vint aux brodeurs de remplacer l’aiguille par un crochet pour réaliser le point de chainette. Ce crochet pris ainsi le nom de crochet Lunéville.

Le crochet Lunéville composé d’une tige en métal pointue et recourbée, vissée dans un petit manche en bois ou en ivoire, court et fin

Le crochet Lunéville composé d’une tige en métal pointue et recourbée, vissée dans un petit manche en bois ou en ivoire, court et fin

Cette technique de broderie originaire de Chine s’est répandue dans le monde entier sans doute au travers de la mythique route de la soie. On la retrouve en Inde avec de magnifiques broderies exécutées au crochet « aari », en Turquie où le crochet utilisé s’appelle « tîg » mais également dans les pays baltes, en Europe de l’est, à Majorque…. Elle est introduite en France vers 1760 où le point de chaînette au tambour connaît un grand succès.

The Ladies Waldegrave Brodant au crochet sur tambour (Reynolds, Angleterre)

The Ladies Waldegrave
Brodant au crochet sur tambour
(Reynolds, Angleterre)

Pour broder au crochet, le support est tendu sur un métier dont la taille varie selon l’ouvrage à réaliser.   Métier

 

Extrait de l’encyclopédie Diderot et d’Alembert (XVIIIème siècle) Arts de l’habillement, l’atelier du brodeur.  Perles et paillettes étaient cousues à l’aiguille

Extrait de l’encyclopédie Diderot et d’Alembert (XVIIIème siècle)
Arts de l’habillement, l’atelier du brodeur.
Perles et paillettes étaient cousues à l’aiguille

Extrait de l’encyclopédie Diderot et d’Alembert (XVIIIème siècle) Arts de l’habillement, l’atelier du brodeur Le tambour, le crochet et le point de chainette au tambour

Extrait de l’encyclopédie Diderot et d’Alembert (XVIIIème siècle)
Arts de l’habillement, l’atelier du brodeur
Le tambour, le crochet et le point de chainette au tambour

La Marquise de Pompadour, grande actionnaire de la Compagnie des Indes, ne faisait pas broder toutes ses robes en France mais les envoyait taillées à ses mesures en Chine pour les faire broder au point de chaînette. Par la suite de nombreux nobles l’imiteront. Sans doute dû à l’intérêt porté par la Marquise de Pompadour à ce point de chaînette fait au crochet les sœurs de la Providence l’ont appelé « Point Pompadour », nom qui lui est toujours donné par les brodeuses/dentellières de l’Atelier National du Point d’Alençon qui leur ont succédé. La Marquise de Pompadour ayant lancé la mode, les habits des hommes et surtout les gilets en satin blanc ou de couleur sont brodés de soie avec ce nouveau point qui permet de réalisé une broderie d’une grande délicatesse et légèreté.

Madame de Pompadour Vêtue d’une robe en indienne Par François-Hubert Drouais (1764) Londres, National Gallery

Madame de Pompadour
Vêtue d’une robe en indienne
Par François-Hubert Drouais (1764)
Londres, National Gallery

Habits de Cour masculins, France 1780-1790

Habits de Cour masculins, France 1780-1790

Sous Louis XVI et le Premier Empire, la mode se maintient et on brode de liserés des damas de soie, des toiles peintes, des linons brochés, des satins utilisés aussi bien pour la décoration des vêtements de femmes que d’hommes. Cette façon de broder, mélangée à d’autres techniques de broderie donnait des effets ravissant sur les mousselines, les linons blancs ou de couleurs. On ajoutait aussi des fils de métal pour les vêtements féminins et surtout pour les habits masculins chamarrés d’ors et de clinquants.

Robe à traîne de l’Impératrice Joséphine, début XIXème Soie, broderie au fil d’or sur tulle 135 X 300 Malmaison, Musée du Château

Robe à traîne de l’Impératrice Joséphine, début XIXème
Soie, broderie au fil d’or sur tulle 135 X 300
Malmaison, Musée du Château

A Lunéville, c’est en 1865 que Louis Ferry-Bonnechoux, maire de la ville et brodeur, est le premier  à fixer perles et paillettes au crochet de Lunéville, enrichissant de brillance éventails, porte-montre, sacs à main, liseuses et surtout les robes du soir des élégantes.

Robe du soir 1894 Charles Frederick Worth Satin de soie ivoire brodé de perles

Robe du soir 1894
Charles Frederick Worth
Satin de soie ivoire brodé de perles

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, on accorde une grande importance au décor de la maison, aussi le point de chaînette enrichit-il les coussins, les tapis, les tentures, les sièges, les dessus de lit, et en très grande quantité, les rideaux de mousseline. Le point Pompadour, agrémente la toilette des femmes et apparaît en galons sur les gilets, les cols, les revers ou en motifs pour les robes, les blouses et les corsages. Enfin, on le trouve aussi dans les ornements d’églises, les couvertures de livres, les cadres, les boîtes à bijoux…

Au cours des Années Folles, la mode des robes  brodées de perle génère des commandes exceptionnelles. Une école de Broderie de Lunéville est alors ouverte en 1920 et cinq ans plus tard, près de 25000 brodeuses travaillent réparties dans 50 ateliers.

Robe années 20, brodées de perles, sequins et fils d'argent

Robe années 20, brodées de perles, sequins et fils d’argent

Robe années 20 brodées de paillettes or

Robe années 20 brodées de perles et paillettes or

Les commandes affluent venant des grands ateliers de couture parisien, mais aussi du Proche-Orient, du Japon, des Etats-Unis et d’Amérique du Sud. La crise de 1929 provoquera la fermeture de nombreuses entreprises et la deuxième guerre mondiale retardera le retour à une situation favorable.

A partir des années 50, des commandes prestigieuses des maisons Elsa Schiaparelli, Balenciaga, Balmain, Dior, Fath… redonneront leurs lettres de noblesse à la Broderie de Lunéville

Depuis à peu près 80 ans, le point Pompadour a été rebaptisé point de Beauvais par un astucieux brodeur dont c’était la spécialité. Pompadour ou Beauvais, le point de chaînette continue à être réalisé à l’Atelier National du Point d’Alençon quant à la broderie de Lunéville qui permet de poser perles, paillettes, sequins, éclats, plumes… au crochet elle permet à de très anciennes maisons de broderie parisiennes d’honorer les commandes des grandes maisons de couture.

"Elephant blanc" Christian Dior

« Elephant blanc » Christian Dior printemps été 195 

Tulle de soie brodé de fil d'argent, sequins, perles de verre

Tulle de soie brodé de fil d’argent, sequins, perles de verre

 

 

 

2 réflexions sur “LA BRODERIE LUNEVILLE

  1. Bonjour,

    Merci de partager cet art avec tous!
    Avez vous une boutique? Pouvez vous créer sur commande?

    Cordialement,

    Loubna

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